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La gaude : Reseda luteola

Après le pastel et la garance, parlons de la 3eme plante du trio des colorants solides, connus et utilisés depuis des millénaires, et mentionnés par Colbert comme colorants « grand teint » dans son décret pour les manufactures royales, cette fois-ci pour teindre en jaune, il s’agit de la gaude ou Reseda luteola.

Avec ces trois couleurs de base, les teinturiers pouvaient créer  les couleurs intermédiaires, en pratiquant des bains de teintures successifs.

La gaude est une plante que l’on peut qualifier de bisannuelle, bien que son cycle dure moins d’un an. Il est très facile de la cultiver au jardin : on la sèmera au début de l’automne, et elle passera l’hiver sous forme d’une rosette de feuille.

Au printemps, le bourgeon terminal se développe pour former une hampe florale feuillée et se terminant par une grappe allongée de petites fleurs peu attrayantes. Ces fleurs attirent pourtant beaucoup d’insectes et la plante a fière allure : très grande et élancée, elle est parfois ramifiée si elle pousse sur une terre riche, et forme comme un candélabre.

 

Fin mai ou début juin, les fruits apparaissent, d’abord à la base de l’inflorescence. Puis, les feuilles de la base commencent à jaunir, c’est alors le moment de la cueillir, et la faire sécher pour les teintures ultérieures, on peut également l’utiliser fraiche. On garde quelques fruits pour avoir des graines que l’on pourra resemer (les graines sont très petites et nombreuses).

La molécule colorante principale est la luteoline, du groupe des flavonols, qui donnera un jaune très vif, suite à un mordançage à l’alun du tissu à teindre. On peut obtenir un vert bronze avec un post bain au fer.

 

 

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La garance des teinturiers – Rubia tinctorum

La voici qui pointe son nez ! Cette tige de l’année provient d’un bourgeon situé sur une tige souterraine , horizontale, appelée rhizome. C’est dans les organes souterrains que se trouvent les colorants, (plus de 30 molécules identifiées dont une dizaine participant à la couleur selon Dominique Cardon dans son livre « le monde des teintures naturelles ») qui ont rendu cette plante si populaire, une des rares, voire la seule à produire du rouge vif.

Les feuilles sont en apparence disposées par 4 ou 6 sur la tige  au niveau des nœuds, formant un verticille (en fait, il s’agit de feuilles et de stipules, nous précise Gaston Bonnier dans sa grande flore illustrée). Elles sont munies de petits aiguillons crochus sur leur bord, de même que leur cousine le gaillet gratteron bien connu des jardiniers. Elles utilisent ces crochets pour s’élancer vers les sommets en s’accrochant aux voisins. Des rameaux axillaires se formeront à l’aisselle des feuilles.

On trouve la garance des teinturiers à l’état subspontané, reliquat de cultures de production de colorant rouge pour les teinturiers, cultures présentes dans le sud de la France jusqu’à la fin du XIXè siècle. En effet après 1868, année de synthèse de l’alizarine, une des principales molécules du rouge, les cultures ont été progressivement abandonnées.

Une autre cousine, la garance voyageuse, très commune dans les sous-bois est également riche en colorants rouges au niveau des organes souterrains mais les teintures que nous avons faites sont nettement moins vives.

Notre plante produira dans l’année des petites fleurs jaunes à 5 pétales pointus au bout et soudés en tube à la base, puis une baie noire, toxique, qui contient une graine.

Pour la cultiver dans son jardin, la garance peut se multiplier par semis ou par transplantation d’un morceau de rhizome.

Le rouge est rare chez les végétaux et c’est la famille de la garance qui en est le principal pourvoyeur : les rubiacées, dont le radical rubis nous alerte sur la spécificité des plantes de cette famille. Plusieurs espèces de rubiacées sont utilisées à travers le monde pour produire du rouge (Galium, Morinda…)

Cette famille se caractérise par des feuilles disposées en verticilles de 4 à 8  (ou plutôt feuilles accompagnées de leur stipules). Les fleurs blanches ou jaunes (parfois violettes chez la sherardie , qui s’invite dans les potagers), ont toutes 4 ou 5 pétales pointus, ce qui les différencie des brassicacées (vues dans l’article précédent) qui ont 4 pétales arrondis. Elle comprend des espèces herbacées en régions tempérées et beaucoup d’arbustes et arbres dans les régions tropicales. Le café, le quinquina en font partie.

 

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La graine de pastel

Nous vous proposerons régulièrement de faire connaissance avec une plante, ou une partie de plante, sa culture ou son histoire, les couleurs qu’elle cache ou qu’elle arbore fièrement, il y a tant à dire !

Pour cette première ,  et comme il est temps de la semer, parlons de la graine de pastel

Le pastel : Isatis tinctoria famille des Brassicacées

Le pastel nous donne après transformation une couleur bleue mais bizarrement ses fleurs sont jaunes !

Un peu de botanique :

Les fleurs de l’année dernière se sont transformées en fruits que l’on appelle des siliques, fruits typiques de la famille des brassicacées (ou crucifères, qui portent 4 pétales en croix) . Quand on ouvre une silique, on observe qu’une fine cloison sépare le fruit en 2. Allez savoir pour quoi les botanistes l’appellent fausse-cloison ! Chez le colza (et la monnaie du pape) la silique s’ouvre et libère ses graines. La cloison nacrée a donné son nom à la plante dite monnaie du pape.

Chez le pastel, il n’y a qu’une seule graine et la silique ne s’ouvre pas, pourquoi perdre de l’énergie à s’ouvrir puisqu’il n’y a qu’une seule graine à disséminer ?

Cette graine contient une huile riche en acides gras essentiels, à la base de produits cosmétiques.

 

Le pastel se sème en février-mars. Après germination la plante formera une rosette de feuilles, c’est à dire que la tige émet des feuilles mais ne s’allonge pas. Ce sont ces feuilles que l’on utilisera pour extraire le bleu. L’année prochaine, la tige s’allongera et portera des grappes de fleurs jaunes, très décoratives, mellifères puis des fruits, également très décoratifs. Ensuite la partie végétative meurt, le cycle de cette plante est dit bisannuel, il reste les fruits et leurs graines qui reformeront une nouvelle plante.

Tous les sols lui conviennent , elle n’est pas exigeante en eau ni sensible aux basses températures, ce serait dommage de s’en priver !

 

 

 

Vous l’aurez compris, c’est le fruit que l’on sèmera, et si vous n’en avez pas, vous pourrez venir nous voir au Printemps des plantes à Castanet-Tolosan, dimanche 18 mars, et nous nous ferons un plaisir de vous donner quelques semences !

 

 

atelier pastel